Pour maintenir les colonies d’abeilles dynamiques et ainsi optimiser les chances de récolte, j’élève des reines et je produit des essaims afin d’avoir sous la main des solutions de rechange rapides dès qu’une ruche montre un signe de faiblesse. Tout ce pan de l’apiculture était totalement superflu sur mon secteur au début des années 2000 où 80 % des ruches peuplées d’abeilles tout venant produisaient, alors que maintenant sans élevage ce chiffre chuterait à 20 – 30 %.

J’ai sélectionné 2 races d’abeilles intéressantes dans ma façon de travailler :

L’abeille Noire (écotype local)

que j’aie sélectionnée principalement en Mayenne sur mes ruchers et également sur les ruchers des apiculteurs de mon secteur. Cette abeille est parfaitement adaptée à son milieu, je l’utilise sur mes ruchers sédentaires et un peu sur mes ruchers transhumants à titre de comparaison.

Avantages

  • Abeille très débrouillarde
  • La reine bloque sa ponte en fin d’été, elle économise ses réserves quand la nature est moins généreuse
  • Abeille douce quand elle est pure, des collègues récoltent leurs ruches sans voile et en short, le tout sans piqûres !
  • Les ouvrières peuvent remplacer leurs reine défaillante en fin de saison elles-mêmes
  • Peu sensible aux maladies
  • Très bonne productrice de miel et de pollen
  • Hiverne facilement sans ajout de nourriture
  • Se développe en harmonie avec la flore et le climat local
  • Peu essaimmeuse
  • Le remérage naturel après essaimmage se fait facilement, peu de bourdonneuse
  • Sélection des meilleures colonies facile et à la portée de tous
  • Hiverne avec des populations plutôt petite et est économe en réserves hivernales
  • Ne développe la colonie que quand les apports extérieurs sont assurés
  • Grâce à son instinct de défense elle peut facilement se montrer apte à se défendre face aux l’agressions extérieures (pillage, frelon asiatique, varroas…)
  • Pas de pollution génétique

Inconvénients

  • Recherche de la reine difficile (reine noire, abeilles noires) et les abeilles courent sur le cadre
  • Blocage de ponte en fin d’été, elle est donc parfois moins adaptée pour les transhumances de fin de saison
  • Ne se laisse pas facilement visiter si le temps est maussade (ce qui peut devenir un avantage pour limiter les visites abusives des apis trop curieux)
  • Production de gelée royale difficile surtout par mauvais temps
  • Accepte plus difficilement l’introduction d’une nouvelle reine, surtout si cette dernière est de race différente
  • Abeille assez tardive, si les conditions hivernales se prolongent

Programme de sélection de l’abeille noire

L’abeille noire est sélectionnée de la façon la plus simple qu’il soit, me situant sur une région où le potentiel mellifère est limité, nous avons la chance de ne jamais accueillir de rucher transhumant.

Cette zone de 1000 Km² n’a jamais vu passer le moindre apiculteur professionnel jusqu’à mon arrivée, j’ai donc la chance de travailler sur une zone qui n’a toujours compté que de nombreux amateurs et pluriactifs qui n’ont jamais eu besoin de changer leurs reines, encore moins d’introduire d’autre races d’abeilles. Le cheptel local a été maintenu jusqu’à maintenant par essaimage naturel, piégeage et division simple sans recherche de reine pour les techniques les plus poussées.

La nature ayant écartée les colonies inaptes à la survie depuis des milliers d’années sur de vastes régions, une bonne partie du travail a donc déjà été faite.

S’arrêter là est loin de pouvoir apporter satisfaction, il reste à éliminer les colonies présentant un caractère agressif, une sensibilité aux maladies (souvent issues de croissements indésirables) et bien sûr les colonies qui se seraient hybridées après analyse…

Reste à retenir les colonies les plus productives en miel pour les multiplier, car il se trouve des colonies dites  » auto suffisantes  » qui sont d’une très grande débrouillardise apte à survivrent quelles que soit les conditions, mais qui se contentent uniquement de remplir le corps de ruche, fournissent plusieurs beaux essaims par an mais ne feront jamais une goutte de miel pour l’apiculteur (sans doute idéal pour la « nature », mais sans intérêt pour l’apiculteur)

A partir de ces critères, la sélections se fait en 2 temps :

Une présélection est faite chez chaque apiculteur (amateurs) du Nord-Mayenne pour les individus potentiellement intéressants.

C’est à la deuxième étape que j’interviens en multipliant ces colonies présélectionnées en station de fécondation, saturées en mâles noirs choisis. Il me reste à affiner la sélection pour retenir les meilleurs pour mon exploitation et pour la vente.

Attention de ne pas confondre l’abeille noire locale avec des abeilles noires d’importation où les conditions climatiques et la flore sont très éloignées de chez nous et auront de grosses difficultés d’adaptation ; C’est la même chose pour les races étrangères qui sont adaptées aux particularités de chaque région (elles ont longtemps été à la mode).

Pour éviter toute pollution de la « zone abeilles noires », les ruches dont les abeilles sont visiblement hybridées sont équipées d’une grille à reine pour éviter la sortie des mâles ou déplacées sur une zone éloignées avant remplacement de la reine.

L’hybride issu de la sélection faite par le Frère Adam (bukfast)

Le tableau qui suit résume les principales caractéristiques de cette race avec de très gosses variations possibles selon les éleveurs, les critères recherchés et le lieu de sélection (flore, latitude, altitude…)

Avantages

  • Très douce en race pure
  • Très peu essaimmeuse en race pure
  • Reine facile à trouver, grâce à sa couleur plus marquée que les ouvrières et son calme
  • La quasi-totalité du miel se trouve dans les hausses
  • Idéal pour enchainer les grosses miellées par les transhumances
  • Idéal pour la production d’essaims artificiels grâce à sa forte population
  • Se prête volontiers à la production de gelée royale, et aux intrusions répétitives de l’apiculteur y compris par mauvaises conditions météo
  • Développe son couvain quelques soit les conditions climatiques et les apports extérieur

Inconvénients

  • Calme à très très agressive au fil des hybridations
  • Très essaimeuse au fil des hybridations (innévitable en milieu ouvert)
  • Souvent Incapable d’adapter son couvain et sa population, lorsque les conditions deviennent difficiles (risque de famine, maladies…)
  • Risque de mourir de faim entre 2 miellées après avoir enlevé les hausses
  • Blocage de la ponte impératif en fin de saison par un fort apport de sirop, faute de régulation naturel
  • Pollution génétique irréversible de tout un secteur
  • Travail de sélection extrêmement lourd, l’achat annuel à un sélectionneur de géniteurs est indispensable
  • Peu sobre en nourriture
  • Développe son couvain quelques soit les conditions climatiques et les apports extérieur, risque de famine et carences = risque de maladies
  • Certaines lignées élèvent de grosses populations de varroas

Programme de sélection de l’abeille Buckfast

Pour la sélection de cette abeille, le travail doit être fait par un sélectionneur rigoureux (insémination artificielle), mais chaque sélectionneur à ses propres priorités (miel, résistance aux maladies, abeilles à viande…)

J’ai choisi des sélectionneurs qui élèvent des reines qui donnent des colonies un minimum débrouillardes…

Je m’explique : toutes les colonies hyper voraces que l’on doit nourrir le vendredi pour poser les hausses le lundi sur le colza sont à éliminer, de même que celles qui commencent à mourir de faim 2-3 jours après avoir enlevé les hausses bien pleines sont de véritables boulets pour une exploitation.

Certaines souches sont de véritables éleveuses de varroas, d’autres sont idéales pour produire de nombreux essaims artificiels au détriment d’autres critères comme la production en miel, et la résistance aux maladies : À éliminer !

Une fois ce tri fait et avant hybridation (inévitable), il faut avouer que cette abeille est agréable pour une apiculture où les transhumances se succèdent tout au long de l’été.